Écrire

Fond Noir. Fondu.

Page blanche d’un cahier ligné. La main se saisit du stylo qu’elle balade quelques secondes en l’air, avant d’en défaire le capuchon et de poser la mine contre la fibre de papier. La mine reste encore appuyée un instant avant de se mettre à danser le long des lignes, dans un ballet parfaitement exécuté.

Laissons la chorégraphie. Reculons-nous dans notre focale. Laissons faire, le contenu ne nous regarde point encore. Peut-être même, ne nous regardera-t-il jamais. Là n’est pas l’important.

L’écriture, acte de l’intime. L’écriture, acte du partage.

L’écriture est une nécessité quotidienne. Il y a quelque chose de vital dans ce besoin d’écrit. Jeter des mots, des idées sur le papier ou sur l’écran de mon ordinateur. Si vital que souvent j’en viens à le comparer à la respiration. Écrire et respirer, même combat. Je ne peux m’en passer, sous peine d’en mourir. Ne pas écrire et dépérir, se dessécher. Écrire. Tous les jours. Depuis des années, depuis mes premiers textes, naïfs et adolescents. Parfois beaucoup, d’un coup. Quelques fois, seulement quelques lignes. Écrire, toujours.

Je ne me suis jamais vraiment posé la question du pourquoi un jour j’ai commencé à noircir des cahiers, des feuilles. Bien évidemment, il y a de la passion dans tout ça. Celle des mots, celle des livres, celle des histoires. Une passion dévorante, débordante qui occupe chaque moment de ma vie. Même quand je ne dispose pas d’un crayon ou d’un clavier pour jeter mes idées, j’écris au cœur de mon esprit. Je fais grandir les situations, les personnages. Des détails, des observations, une situation viennent les nourrir. Il faudra des heures, des jours parfois pour laisser décanter et le moment venu, il me suffit de m’installer à mon bureau pour que d’instinct les mots s’inscrivent.

Qu’est-ce qu’il nous pousse à nous saisir de ce moyen pour nous exprimer ? Un besoin de transmettre, de raconter, de poser un regard sur le monde qui nous entoure, sur ces situations dont on a besoin de décortiquer chaque morceau. Un besoin de se pencher aussi sur nos vies, sur le sens qu’on peut lui donner, aux petits détails quotidiens, aux situations que l’on ne comprend peut-être pas. Peut-être un peu de tout cela en même temps. Des calques qui se superposent les uns sur les autres et à travers lesquels on regarde et on façonne notre vision, singulière.

Écrire est un moment d’une rare liberté. Là, devant notre bureau, tout devient possible. Tous les mondes s’ouvrent à nous. La possibilité même de quitter la terre ferme quelques instants pour nous échapper. Une possibilité infinie de créer, retranscrire, retraduire, reconstruire une foule d’émotions que l’on souhaitera partager plus tard avec les lecteurs potentiels. Car n’oublions pas que si l’écriture est avant tout un acte intime et personnel, il n’en reste pas moins un objet de partage. On peut écrire par nécessité quasi-vitale, mais nous avons le devoir de le partager, non pas pour flatter notre ego, mais  bien pour retransmettre l’émotion que fut la nôtre à l’instant de l’écriture.

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